Poste par admin | Poste dans Revue du Net | Posted le 29-07-2010
Mots clefs :fesses, stress, tests
Les règles compÂtables sont des éléments de souÂveÂraiÂneté aussi imporÂtants
que la gouÂverÂnance éconoÂmique, les straÂtéÂgies fisÂcales ou la poliÂtique
budÂgéÂtaire. Rien d’étonnant à voir que l’Europe peine, comÂpaÂrée aux
Etats-Unis, à convaincre sur l’état réel de son sysÂtème bancaire.
Seules 7 banques né résistent pas au stress test
En cette période où la «société de défiancé» n’a jamais aussi bien porté
son nom, l’exercice du «je vous dis tout» auquel tout ce qui compte
dans la banque euroÂpéenne vient de se prêÂter avait pour ambiÂtion de
fourÂnir un supÂpléÂment de confiance qui manÂqué tant.
A forÂtiori, le but devrait être atteint: les tests de résisÂtance qui ont
passé à la mouÂliÂnette les porÂteÂfeuilles d’actifs finanÂciers, de
finanÂceÂments de l’immobilier, de prêts aux entreÂprises et de créÂdits
interÂbanÂcaires de 91 banques de 20 pays euroÂpéens ainsi que leur
senÂsiÂbiÂlité à la volaÂtiÂlité des taux d’intérêt et aux risques de créÂdit,
ont abouti à un score quasi staÂliÂnien: seules 7 banques ont été
recaÂlées et déclaÂrées inaptes à affronÂter une nouÂvelle tempête.
Et l’identité de ces banques né proÂvoque pas, au regard de la géoÂgraÂphie
de la crise, de proÂfonde surÂprise: cinq banques espaÂgnoles, dont on
sait que l’économie paie un lourd triÂbut à la spéÂcuÂlaÂtion immoÂbiÂlière,
une banque grecque (c’est peu compte tenu de l’état de l’économie
hélèné), et une alleÂmande (la Hypo Real Estate répuÂtée depuis des mois
comme l’homme malade de la banque gerÂmaÂnique) ont échoué.
Aucune banque briÂtanÂnique (il est vrai, elles ont été natioÂnaÂliÂsées en
parÂtie). Quant aux franÂçaises, elles ont non seuleÂment déjà rendu
l’argent prêté par l’Etat pour la majoÂrité d’entre elles, mais, en cas
de nouÂvelle crise,  BNP PariÂbas, Société généÂrale, CréÂdit agriÂcole et
BPCE, verÂraient leur ratio de solÂvaÂbiÂlité cumulé, c’est à dire la part
de fonds propres rapÂporÂtée à leurs engaÂgeÂments, reveÂnir à 9,3 % fin
2011, contre 9,9 % fin 2009 (à comÂpaÂrer à un miniÂmum de 6% exigé).
Quelques applauÂdisÂseÂments polis
Alors quoi? On est loin, très très loin des chiffres évoqués ces
derÂnières semaines par les bureaux d’analyse sur le monÂtant réel des
besoins en fonds propres supÂpléÂmenÂtaires des banques euroÂpéennes. A
peine 3, 5 milÂliards d’euros seraient nécesÂsaires. C’est moins de 10% du
monÂtant calÂculé par les CasÂsandre les plus pruÂdents, et à une disÂtance
straÂtoÂsphéÂrique des 80 à 90 milÂliards d’euros que cerÂtains bureaux
anglo-saxons n’hésitaient pas à chifÂfrer. Ainsi, pour les seules banques
espaÂgnoles, les anaÂlystes de la  Royal Bank of ScotÂland estiÂmaient le
besoin de recaÂpiÂtaÂliÂsaÂtion à 50 milÂliards d’euros!
Enfin, cerÂtains diront qu’on est très loin des 75 milÂliards de dolÂlars
que les banques améÂriÂcaines ont dû lever après le même type de tests au
prinÂtemps 2009 sachant touÂteÂfois qu’on était à l’époque en pleine crise
et qu’entretemps, les banques euroÂpéennes ont été déjà renÂflouées (de
220 milÂliards d’euros). La comÂpaÂraiÂson paraît donc peu pertinente.
On aurait donc dû s’attendre à une «stanÂding ovaÂtion» des marÂchés au
lenÂdeÂmain de ces annonces. Tout juste a-t-on observé ici quelques
applauÂdisÂseÂments polis, là un enthouÂsiasme préÂcauÂtionÂneux ou là encore
un disÂcret satisfecit.
PourÂquoi un tel accueil?
Cette modéÂraÂtion peut avoir pluÂsieurs explications.
1. Les marÂchés avaient déjà antiÂcipé ces résulÂtats rassurants.
2. Tout le monde reste sur sa faim, consiÂdéÂrant que les tests n’ont pas
été sufÂfiÂsamÂment sévères pour fourÂnir une photo fidèle de la situaÂtion. A
ce titre, le périÂmètre d’actifs à risÂqué retenu n’aurait pas été assez
large, les superÂviÂseurs euroÂpéens écarÂtant dans leurs scéÂnaÂrios de crise
celui proÂvoÂqué par la faillite d’un ou de pluÂsieurs Etats euroÂpéens
dont les banques détiennent des masses d’emprunts publics.
Or le risÂqué de la faillite d’un Etat au sein de la zone euro figure bien au cÅ“ur des préÂocÂcuÂpaÂtions du marché.
3. Si une forte majoÂrité de banques euroÂpéennes passent avec sucÂcès
l’examen, bon nombre resÂtent «ric-rac». Ainsi, en cas de crise, dix-sept
établisÂseÂments, et non des moindres (Deutsche Bank, Allied Irish Bank,
Monte dei Paschi di Sienna et une ribamÂbelle de banques espaÂgnoles)
affiÂcheÂraient des ratios de solÂvaÂbiÂlité entre 6 et 7%, soit le minimum.
On aurait tout de même de quoi s’étonner de la difÂféÂrence d’accueil —entre le franc souÂlaÂgeÂment outré-Atlantique et le ouf parÂciÂmoÂnieux ici—
qu’à un an et demi d’intervalle les marÂchés ont réservé à ce type
d’opération vérité banÂcaire. Au jeu des relaÂtions publiques, l’Amérique
aurait donc encore beauÂcoup de leçons à donÂner à l’Europe.
Là encore, les tenÂtaÂtives d’explication né manquent pas. A tirer les
preÂmiers, et le plus vite, les AméÂriÂcains ont pu, d’une cerÂtaine
manière, faire dire ce qu’ils vouÂlaient aux tests, ce qui leur avait
perÂmis de rebonÂdir en Bourse et de disÂsiÂper les doutes après avoir levé
75 milÂliards de dolÂlars. Sur 19 banques mises à l’épreuve, 10 avaient dû
faire appel au marché.
Un an et demi plus tard, les EuroÂpéens réitèrent l’exercice et peinent Ã
convaincre et rasÂsuÂrer comÂplèÂteÂment en dépit des assauts de
transparence.
La démarche euroÂpéenne réclaÂmeÂrait, aux dires de ses défenÂseurs, plus de
temps pour être appréÂciée à son juste niveau. «CherÂchez et vous
trouÂveÂrez», semble-t-elle dire aux anaÂlystes finanÂciers, à qui ont été
fourÂnis —pourvu qu’ils se donnent la peine d’examiner les détails—
tous les chiffres nécesÂsaires pour évaluer l’exposition de chaque banque
(excepté les banques alleÂmandes) au risÂqué souÂveÂrain de chaque pays et
bâtir leurs simuÂlaÂtions. Qu’ils trient!
Les EuroÂpéens dispersés
Alors, ces tests sont-ils créÂdibles ou non? Telle n’est peut être pas la bonne quesÂtion à se poser. La difÂféÂrence
d’impact entre les opéÂraÂtions vérité menées par les Etats-Unis et
l’Europe tient sans doute plus, il faut une fois encore le souÂliÂgner, au
manÂqué de cohéÂrence de la construcÂtion euroÂpéenne. Au même titre que le
vieux contiÂnent né parÂvient pas à parÂler d’une seule voix en matière de
poliÂtique et de gouÂverÂnance éconoÂmiques, de straÂtéÂgie budÂgéÂtaire ou
fisÂcale, il est logiÂqueÂment condamné aussi à laisÂser le leaÂderÂship au
grand parÂteÂnaire améÂriÂcain en matière de règles compÂtables, de normes
pruÂdenÂtielles et de méthodes d’évaluation des risques. Comme
l’approbation du budÂget, la fixaÂtion du taux de l’impôt et la gesÂtion de
la dette, l’évaluation des engaÂgeÂments souÂveÂrains de ses banques
constiÂtuent des éléments fonÂdaÂmenÂtaux de souÂveÂraiÂneté natioÂnale. Au même
titre d’ailleurs que la superÂviÂsion et le contrôle des banques.
L’Amérique parle d’une seule voix. Les EuroÂpéens resÂtent disÂperÂsés. DifÂfiÂcile, de ce point de vue, d’imaginer que lors de la proÂchaine
bataille sur la défiÂniÂtion des règles compÂtables banÂcaires et la
fixaÂtion d’un mateÂlas miniÂmum de fonds propres concocÂtée à Bâle, les
choses auront changé.
PhiÂlippe Reclus
Photo: DémonsÂtraÂtion de Stress Test à Union Station/ Wikicommons
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